Jérémie Dalin est enseignant chercheur à l’ENSA Versailles depuis 2019 dans le champs des
Théories et Pratiques de la Conception. Architecturale et Urbaine (TPCAU) en licence et master.
Sylvia Bourgoin est enseignante vacataire à l’ENSA Versailles en master.
EXTRAORDINAIRES ORDINAIRES
est un studio de projet que nous avons créé et coordonné.
Il est dédié à la transformation d’ensembles bâtis existants à destination des
étudiant.e.s de master (4ème et 5ème année) de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles.
Ce studio s’est déroulé, en partenariat avec le CAUE 27, sur un cycle de trois années : en 2023-24 à Brionne, en 2024-25 à Serquigny et en 2025-26 à Quittebeuf dans l’Eure.
Ce studio est une réponse à un double constat issu des recherches que nous menons à l’agence.
Ce studio s’est déroulé, en partenariat avec le CAUE 27, sur un cycle de trois années : en 2023-24 à Brionne, en 2024-25 à Serquigny et en 2025-26 à Quittebeuf dans l’Eure.
Ce studio est une réponse à un double constat issu des recherches que nous menons à l’agence.
1. Réhabiliter plutôt que construire
D’une part, le secteur du bâtiment est extrêmement énergivore, il est un des plus gros émetteurs de CO2 de l’économie française, représentant environ 30% des émissions annuelles nationales. Il s’agit donc pour les architectes d’aujourd’hui et de demain de se tourner massivement vers la réhabilitation, la restructuration, la transformation des existants pour contribuer à minimiser la consommation et l’artificialisation des sols et économiser nos ressources en matériaux de construction.
D’une part, le secteur du bâtiment est extrêmement énergivore, il est un des plus gros émetteurs de CO2 de l’économie française, représentant environ 30% des émissions annuelles nationales. Il s’agit donc pour les architectes d’aujourd’hui et de demain de se tourner massivement vers la réhabilitation, la restructuration, la transformation des existants pour contribuer à minimiser la consommation et l’artificialisation des sols et économiser nos ressources en matériaux de construction.
2. Apprendre à voir1
D’autre part, les villages et les petites villes rurales de l’Eure sont des réservoirs de bâtis extraordinaires dont le potentiel ne demande qu’à être révélé. Cela implique d’opérer un basculement du regard que nous portons sur ces architectures pour les décrypter, donner à voir leurs qualités spatiales et ainsi faire émerger de nouveaux désirs d’habiter.
1 Apprendre à voir, le point de vue du vivant de Estelle Zhong Mengual aux
éditions acte sud (2021)
D’autre part, les villages et les petites villes rurales de l’Eure sont des réservoirs de bâtis extraordinaires dont le potentiel ne demande qu’à être révélé. Cela implique d’opérer un basculement du regard que nous portons sur ces architectures pour les décrypter, donner à voir leurs qualités spatiales et ainsi faire émerger de nouveaux désirs d’habiter.
1 Apprendre à voir, le point de vue du vivant de Estelle Zhong Mengual aux
éditions acte sud (2021)
L’un des objectifs pédagogiques de ce studio est de proposer
aux étudiant.e.s des cas pratiques dont les enjeux sont d’actualités et dont les communes en possède la maîtrise foncière.
La friche Siret Delaporte sur une île entre Charentonne et Risle, Brionne.
Le grand château de Serquigny incendié et ses dépendances, Serquigny.
L’ancienne fromagerie en cœur de bourg, Quittebeuf.
Dans ce contexte particulier, le coût du foncier est dit détendu : le coût d’achat cumulé au
coût de travaux est potentiellement supérieur au coût de sortie (vente ou location), il est donc difficile pour les communes d’initier des travaux ou d’attirer de potentiels investisseurs.
Le studio propose d’explorer la problématique suivante :
Comment garantir une transformation de qualité avec des usages renouvelés dans une extrême économie de moyens et ainsi permettre aux communes d’imaginer un processus de transformation/réhabilitation de son patrimoine à moyen/long terme ?
Le studio propose d’explorer la problématique suivante :
Comment garantir une transformation de qualité avec des usages renouvelés dans une extrême économie de moyens et ainsi permettre aux communes d’imaginer un processus de transformation/réhabilitation de son patrimoine à moyen/long terme ?
METHODE
La stratégie de transformation s’appuie sur un outil méthodologique, un outil de diagnostic conçu par notre agence, l’analyse des morphologies spatiales.
Il permet de passer au crible les bâtiments en termes d’orientation, densité, compacité, épaisseur etc, ceci afin de sonder les bâtiments, de définir leurs qualités spécifiques et de bâtir une stratégie d’intervention la plus sobre, et donc la plus écologique possible.
Trois leviers d’action permettent de guider le travail.
L’économie des ressources et des surfaces
Il n’est pas toujours judicieux de vouloir tout réhabiliter.
Il s’agit de définir en fonction de leurs qualités spatiales et d’usures sur quel bâtiment intervenir en priorité et ainsi envisager un échelonnement des travaux. Chaque ressource, chaque m² est précieux. Réduire au minimum les interventions de réhabilitation permet également d’économiser les surfaces et de pouvoir maximiser la qualité des matériaux utilisés.
La question du confort est interrogée. Quel confort thermique pour quel espace ? La surface peut-elle être réduite en hiver pour ne chauffer que ce qui est nécessaire et maximisée en été pour vivre en fonction des saisons ?
Par exemple, dans le cas de la transformation du bâtiment principal du château de Serquigny, il a été défini une partie de bâtiment clos et couvert d’environ 1/3 de la surface permettant un usage resserré en période hivernale, un cout de réhabilitation maitrisé, tandis que la partie stabilisée mais très endommagée par l’incendie fonctionne comme un espace intermédiaire tempéré en période estivale et permet une extension des usages, dans ce cas précis d’enseignements, de transmission des savoirs en proposant des salles de classes non closes mais couvertes.
La conception d’usages flexibles et évolutifs
Pas de programme préalable. Nous parlons d’usages plutôt que de programmes. Les bâtiments doivent être évolutifs, il s’agit toujours d’adapter les usages aux bâtiments et non l’inverse.
Nous cherchons toujours à concevoir des espaces multifonctionnels, avec une occupation flexible, en fonction du jour de la semaine ou de la saison, ou tout simplement parce qu’une activité doit être remplacée par une autre.
Cette approche permet également de « tester » des usages avant de les pérenniser. Prenons l’exemple d’un immense site comme celui de la friche Siret Delaporte à Brionne. Le clos couvert de la halle centrale a été remis en état et équipé techniquement sans cloisonnements préalables. La conception décorrélée des réseaux (eaux et électricité) et du cloisonnement permet de faire évoluer les surfaces dans la vie du bâtiment à peu de frais, d’échelonner les travaux donc les investissements dans le temps et de finir les intérieurs au fur et à mesure de l’activation des lieux.
Les savoirs faire locaux
Les conditions de chaque site d’expérimentation sont spécifiques mais le dénominateur commun est le département de l’Eure, et la compréhension de ses modes constructifs est primordiale.
La compréhension des mises en œuvre des charpentes en bois, des soubassements en silex, des murs en briques, en torchis ou en bauge etc, est indispensable pour comprendre la spatialité d’un bâtiment à Brionne, Quittebeuf ou Serquigny. Au-delà même de la mise en œuvre, la question de la ressource, de la culture ou de l’extraction du matériau sur le territoire est importante.
Dans le cadre du travail effectué sur la transformation de la laiterie à Quittebeuf, nous avons identifié les ressources alentours et avons visité la coopérative de teillage du Neubourg pour comprendre la culture et la transformation du lin et du chanvre, la scierie de la Croix Maitre Renault pour comprendre le débit de la grume à la charpente et l’atelier Desmonts pour découvrir la charpente en bois vert.
La connaissance des modes constructifs traditionnels doit permettre de comprendre les modes constructifs passés pour penser de nouvelles filières en accord avec les conceptions initiales.